Madame chrysanthème

Pierre Loti

Le narrateur annonce à son « frère » Yves, avec qui le lecteur a fait connaissance lors d'un précédent roman, « Mon frère Yves », qu'il va se marier. Mais ce qui suscite des doutes chez le lecteur, voire des moqueries de la part de Yves, c'est qu'il (le narrateur) ne connaît pas encore sa femme. Il va la choisir au japon, à Nagasaki, où il se trouve, ainsi que Yves, en tant que marin.

Il rencontre un entremetteur, Mr Kangourou (les gens portent des noms de fleurs ou d'animaux), qui lui propose un certain nombre de jeunes femmes à marier, moyennant une certaine somme d'argent mensuelle. Aucune ne lui plaît, mais il demande à Mr Kangourou si la chose serait possible avec une jolie personne, qui se trouve à l'écart, et qui n'était pas censée faire partie du choix.

Les choses s’arrangent ainsi, et nous voila partis pour le récit d'une idylle sur commande, dont on devine qu'elle ne durera pas, comme nous le confirmera très vite le narrateur.

Le roman est moins une intrigue, qu'un tableau de mœurs, une fresque. Les us et coutumes dans ce pays exotique, sont décrits tour à tour comme méprisables, ridicules, ou admirables, selon l’humeur, et leur description ne manque pas de pittoresque et d'humour.

Il reste tout de même une certaine condescendance de la part de l'auteur, pour cette société, ou, dit-il, tout est superficiel, pas sérieux, « pour rire », et tout est « petit », autant au sens propre que figuré.

Les descriptions des soirées dans la basse ville, et des retours à la lanternes à la maison en papier, dans les hauteurs de Nagasaki, sont très belles.

A plusieurs reprises, le narrateur nous fait part de son inquiétude au sujet de la tournure que pourrait prendre la trop grande proximité entre Chrysanthème et Yves. Quelque chose de « facheux » pourrait arriver.

Afin d'en avoir le cœur net, le narrateur finit par dire à Yves, au cours d'une de ces sorties à la fraîcheur du soir, mais, cette fois-là, en l'absence de Chrysanthème :

  • tu sais, si cette femme te plais, … ce n'est pas vraiment ma femme…

Et la réponse de Yves est sublime :

  • mais justement si ! C'est que… c'est votre femme !

En peu de mots (« nous parlons peu, nous nous comprenons à demi-mots »), il lui donne tout à la fois :

  • la confirmation de ses soupçons,
  • mais l'assurance qu'il n'en abusera pas.

On comprendra, en lisant « Mon frère Yves », pourquoi il vouvoie le narrateur, alors que ce dernier le tutoie, et qu'ils s'appellent tous les deux « mon frère ».

J'ai « lu » ce livre en audio grâce aux donneurs de voix sur le site www.litteratureaudio.com ., ainsi d'ailleurs que « Mon frère Yves » auparavant.